Bulletin scolaire: comment le decoder?

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11 mar 2014 | articles de presse, liens utiles aides aux dyspraxiques

Comment décoder le bulletin scolaire de votre enfant ?

le Mardi 11 Mars 2014 à 11:45

 « Peut mieux faire », « insuffisant », « élève sérieux »…  A quoi servent et comment interpréter ces appréciations souvent lapidaires sur les bulletins scolaires ? L’ancien proviseur Gilbert Longhi propose des grilles de lecture aux enseignants et aux parents.

Comment décoder le bulletin scolaire de votre enfant ? © Maxppp

Elles sont publiées aujourd’hui sur le site Le café pédagogique. Le sujet est d’importance : chacun pressent à défaut de savoir que le système des notes sur une échelle de 0 à 10 ou à 20 n’est pas satisfaisant et que pour aider les élèves à progresser il faut aller plus loin.

Et ce n’est pas évident…

Non. C’est ce que relevait un récent rapport de l’Inspection générale, cité par Gilbert Longhi. Il distingue quatre registres, plus ou moins utiles. Il y a la remarque sibylline, telle que « vu », « bien » ou « moyen », qui ne sert pas à grand-chose ; le reproche ou la mise en garde (« tu bavardes trop », « à quoi rêvais-tu »), qui invite à se soumettre à l’ordre scolaire sans tenter de comprendre pourquoi l’élève ne le fait pas ; il y a  ce qui relève de la valorisation de l’attitude de l’élève, « bravo », « tu t’es amélioré », toujours sympathique mais qui ne rend pas plus service – elle jauge une attitude, un comportement, là aussi une conformation à la norme, mais ne dit pas pourquoi on a mieux appris ni même si on a mieux appris ; enfin ce qui relève du commentaire explicatif avec indications méthodologiques « Reprends ton cahier de règles, page tant », « regarde telle leçon » ou « relis les consignes ».

Ce dernier registre est le plus utile.

Oui. C’est celui qui permet de progresser et qui ne renvoie pas seulement l’élève à ce qu’il est mais aussi à ce qu’il fait – ou ne fait pas.

Mais quand on a 30 bulletins à remplir au primaire, cent ou plus dans le secondaire, il n’est pas évident d’être aussi précis à chaque fois.

Non, et d’ailleurs les instructions officielles en conviennent puisqu’une circulaire de 1999 l’écrit en toutes lettres : « Remplir un bulletin scolaire est une tâche exigeante et difficile pour les équipes enseignantes ». Mais elle insiste : l’objectif est bien « d’abord d’encourager l’élève à progresser plutôt que de l’enfermer dans une évaluation-sanction ». elle demande que les « appréciations portées soient suffisamment détaillées et nuancées ainsi que respectueuses de la personne de l’élève », et que soit banni  » tout vocabulaire trop vague (« peut mieux faire », « moyen »), réducteur (« faible », « insuffisant ») voire humiliant (« inexistant », « nul », « terne ») , vocabulaire qui n’aide aucunement l’élève ». je cite encore : « Il faut dire à l’élève ce qu’il fait et ce qu’il doit faire et privilégier les appréciations de nature à l’encourager pour que le bulletin trimestriel remplisse réellement son rôle éducatif. »

Un élève qu’on encourage et qu’on valorise progresse forcément mieux ?

Non, ça aide mais ce n’est pas automatique. Ce qui aide, c’est la reconnaissances des efforts ,  » même s’ils ne débouchent pas sur de bonnes note  » écrit l’Education nationale. C’est fondamental pour lutter contre un sentiment dévastateur chez l’enfant ou l’adolescent qui est le sentiment d’injustice. On peut aussi « prendre en compte, dans l’évaluation du travail et des activités des élèves, des compétences qui ne portent pas directement sur les performances scolaires : sens de l’initiative, autonomie, prise de responsabilité, travail fourni ».

Le mieux est encore d’expliquer le bulletin individuellement.

Oui. A l’élève et aux parents. Gilbert Longhi publie un lexique à la fois utile et, parfois, amusant, qui a été réalisé sous l’égide de l’Inspection académique de la Sarthe.

Des exemples ?

Si vous voyez le mot « assurance » apparaître, c’est que votre enfant en manque. « Il s’agit de l’encourager en sous-entendant que sa timidité ne lui permet pas de révéler ses capacités ». Le mot « attentif » n’apparait lui aussi qu’en cas de problème, à la forme négative. Commentaire des auteurs de ce lexique : « Le manque d’attention prouve une absence de volonté et une impolitesse envers les enseignants ». Idem du mot « capacités », qui n’apparait que quand elles font défaut, le problème étant que bien souvent les enseignants « ne précisent pas comment l’élève pourrait les mettre en valeur ».

Y a-t-il des mots qu’il faut considérer comme des signaux d’alarme ?

Oui. Dans le vocable Education nationale, tous les mots qui renvoie au verbe « décrocher » sont lourdement lestés. Je cite « Ce terme signale des problèmes graves : Des difficultés, ne décrochez pas… Voire très graves : a décroché, non évaluables dans trois matières ce trimestre ». Là, il y a alerte rouge.

A l’inverse, des mots dont on peut se réjouir sans partage ?

Sérieux. C’est un terme, je cite encore « unanimement reconnu comme une qualité suprême, le sérieux peut être associé à plus ou moins bonnes notes car il désigne un comportement positif plus qu’il ne signale une performance chiffrée. »

Finalement ces appréciations parlent plus d’attitudes que d’apprentissages.

Oui. D’attitude et de soumission à des normes de comportement, à l’ordre scolaire. C’est à mettre en relation avec des sujets que nous avons déjà régulièrement abordés sur France Info, à commencer par la médiocrité voir l’inexistence d’une initiation aux mécanismes d’apprentissages, aux processus cognitifs ou aux effets des contextes sociaux sur les apprentissages – pour en savoir plus :

entretien avec Maryline Baumard autour de son livre La France enfin première de la classe.

entretien avec Olivier Houdé sur « comment les enfants apprennent-ils ? ».

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